Cet été, j’ai bien failli devenir dessinateur de bande-dessinée.
J’entends, par là, le fait d’être payé pour en créer. J’ai donc reçu,
en Juillet, une commande, de la part d’une revue : 13 pages dans
lesquelles je devais raconter l’Affaire Paul Voise, l’histoire d’un fait
divers survenu juste avant les élections présidentielles de 2002. Sujet
tendu et sensible, car jamais éclairci encore aujourd’hui, j’ai fait en
sorte de faire une bd la moins bavarde possible, essayant de montrer les choses par des différences de traité (la vraie vie, la déformation médiatique…).
Très vite, les rapports avec l’équipe de rédaction se sont avérés
flous. Arrivé à la moitié du boulot, il fallait déjà tout changer, tout
recouper, réduire de moitié, encore et encore, mais rien n’était clair
dans les requêtes, ni dans les points négatifs. A force de douche
écossaise, j’ai fini ma bd, puis plus rien. Je n’ai même pas réussi à
comprendre si c’était vraiment mort ou pas.
Bon, au bout d’un
moment, on s’en doute quand même, mais ça n’a jamais été dit clairement :
« non, on prend pas tes pages commandées, on va juste faire illustrer,
par quelqu’un d’autre, un article qui parle un peu de l’affaire P.Voise.
Désolé, t’as bossé 14 jours pour que dalle, t’y as passé tes soirées/
weekends/jours fériés, t’as perdu des points de popularité dans ta
propre famille, t’as gaspillé 80 heures d’un été radieux, pour rien du
tout. Et comme on est des gens qui font les choses entre amis, y a pas
de contrat, y a rien, donc t’as rien et t’es rien. »
Voilà, un
message comme ça, ça aurait été un bon sparadrap enlevé et c’était
réglé. Mais non, tout s’est fait sans limpidité. J’aurai dû le sentir,
j’avais déjà bossé avec eux pour un numéro précédent, et pour faire
illustrer des brèves, ils avaient fourni tous les articles à 5
illustrateurs, en attendant des propositions. Donc comme un steak jeté
dans un chenil, on était à plusieurs sur un même article, et donc à
bosser dans le vent. Après, est-ce que c’est une manière de sélectionner
la « crème de la crème », ou juste un manque de professionnalisme, je
n’en sais rien.
Mais le résultat est là: mes pages, je peux les flanquer à la poubelle (ou sur mon site
http://www.maxime-garcia.com/bande-dessinees/extraits-de-livres/l-affaire-paul-voise-new),
et je suis toujours apprenti bédéiste. Si j’avais été apprenti rappeur,
j’aurai organisé une expédition punitive ; apprenti boucher, j’aurai
obligé la revue à payer les tranches débitées ; mais là, je fais que de
la bd : ça m’en a inspiré une petite à propos d’un orpailleur
indépendant.