mercredi 5 janvier 2011

Incandescence indécente


J’ai toujours été attiré par les feux d’artifice, les pétards, tous les trucs qui explosent en lumière.Je ne sais pas d’où ça me vient. C’est peut-être un truc de dessin animé.Le bâton de dynamite qui passe de main en main entre Bugs Bunny et Sam le pirate, avec la mèche qui siffle tout son suspens pendant qu’ils s’agitent, et bim, ça leur explose à la tête, offrant aux animateurs la possibilité de le transformer en caricature raciste de noir. Tout est là, une énergie dangereuse et marrante.

Petit j’aimais bien jouer avec les petits pétards rouges à mèche bleue, les tigres. Allumer et partir en courant, deux actions profondément attachées au concept d’explosif, héritées sans doute d’un cliché aperçu dans les westerns ou quoi. Parce que les mecs qui fabriquent les pétards, évidemment qu’ils incluent, dans le temps de mèche, la possibilité de se barrer tranquillement. Ils sont pas fous les mecs, ils ne vont pas vendre des explose-mains aux gosses. Mais il n’empêche que même quand c’était au tour d’un autre de mettre le feu à la mèche, on était pleins autour, le plus près possible, pour des excuses bidons comme protéger la flamme contre le vent, tendus comme des sprinters, en attendant le signal lumineux pour s’arracher. C’est une manière de se mettre en danger, de jouer au brave.

Ce premier moment, celui de la panique, celui où tout le monde se pousse dans tous les sens, est non seulement une fuite vers un abri, mais c’est aussi, et surtout, la recherche du meilleur endroit pour admirer l’œuvre. Il n’y a pas beaucoup de temps, et il faut absolument trouver la putain de place pour apprécier pleinement le spectacle. Après la partie active, c’est l’instant contemplatif. Il est court. Faut pas le rater. « Pousse toi, j’vois rien ! » « hé ! C’est ma cachette, trouves t’en une autre » Et Pim, ça a pété, on a rien vu, à part un flash du coin de l’œil. Fallait pas tourner la tête.Ces secondes d’attente tiennent un rôle prépondérant dans le plaisir artificier. C’est bien 50% du boulot. Un pétard qui n’explose pas, c’est aussi frustrant qu’un éternuement avorté. On a senti grandir une boule d’énergie intersidérale aux dimensions ultra-indicibles, et finalement non, rien. L’attente, dans le feu d’artifice, c’est pareil. Plus elle est longue, plus on sent que la fusée va être ébouriffante. Une lente montée lumineuse, traînant un sifflement langoureux, ce serait la fin du monde si elle n’explosait pas. Pas de belle bleue ? Pas de belle rouge ?

Bref, j’aime bien les fusées, tout ça quoi.

Lors de mon premier voyage au Japon, en juillet 2006 je crois, j’ai découvert la saison des hanabi, ça veut dire « fleur de feu ». Un feu d’artifice de 3/4 d’heure sur la mer, dans le port de Yokohama, avec des fusées qui dessinent des animaux ou des cœurs quand ça explose, ça te change d’un 14 juillet à Angers. Et surtout, pendant tout l’été, dans n’importe quel supermarché, on peut trouver des sacs de toutes tailles, qui rassemble un kit de feu d’artifice pour enfant. DES FEUX D’ARTIFICES POUR ENFANTS, pas des pétards ! Des fusées mignonnes, des libellules qui s’envolent en vrillant, des boules fumigènes, des pout pout de couleurs, des waschs, des zous. J’ai vu ça, j’ai pas pu résister, il fallait que je me rattrape de toutes ces années perdues. J’ai ramené un gros sac, pour 20 ou 30 euros je crois, et il a passé la douane, dans ma valise, comme dans du beurre. Je l’avais même pas caché, il était au milieu de mes habits quoi. Ce sac, je l’ai fractionné en plusieurs, pour des anniversaires de copains, pour noël en famille, pour plein de trucs. Et malgré ça, il restait une quantité honorable, d’un point de vue Français, mais minable dans n’importe quelle cour d’école maternelle Tokyoïte.

L’année suivante, j’y suis retourné l’été, j’ai réitéré mon trafic. Mais les choses avaient changé… Au moment d’enregistrer mes valises, l’employé de l’aéroport de Tokyo Narita cherche à discuter. Je fais semblant de rien, mais j’ai bien entendu parler d’ « hanabi » au milieu du brouhaha. Puis il me guide vers son ordi, et me montre un écran aux rayonZIXES qui violent ma valise et font apparaitre en rouge les éléments dangereux, à savoir, sur l’instant, de la poudre explosive. HANABI HANABI, ouai ,ouai, j’ai bien compris va. J’extrais ma cargaison, ça dure : on dirait le sac à main sans fond de Mary Poppin’s.

Bon, le mec était pressé, il faut dire que derrière moi y avait une montagne de valises à enregistrer, sans rire : c’étaient les FaLL Out Boys, un groupe de rock adolescent américain en tournée, qui venaient faire enregistrer leurs bagages, à savoir instruments, sono, et tout. Et moi, je bloquais le transit avec mes hanabis pour enfant de cinq ans, donc j’ai pas sorti les pochettes planquées dans toutes mes chaussettes. En cas de problèmes, j’aurai fait semblant de les avoir oubliées sous la pression. Il a planqué mon dangereux butin sous un bureau, il a remis ma valise sous les yeux perçant des rayons X, qui ont trouvés plus fort qu’eux puisqu’ils ont laissé embarquer de quoi égayer plusieurs soirées dans l’année qui a suivi.

L’année suivante encore, j’ai pris mes précautions : j’ai tout envoyé par la poste. Attention, que du petit matos, des choses qui rentrent à plat dans une grande enveloppe. Un colis aurait été suspect. Il y avait tout une technique à adopter, scotcher les tiges des fusées tête-bêches, pour pas sentir de reliefs trop abruptes. J’en ai envoyé plusieurs, chez moi, à des potes, en changeant de bureau de poste à chaque fois, et en déclarant le contenu, sur le papier des douanes, sous les pseudonymes « candies » ou « Cds ». Papier sur lequel s les « fireworks » étaient rigoureusement prohibés. Pareil que la première année : du beurre.

Tout ça pour dire que j’ai une petite expérience dans la manière de faire voyager cette marchandise, et qu’elle n’est bonne que si elle vient d’ailleurs.


J’avais déjà entendu une histoire aux infos, comme quoi le nouvel an à Strasbourg était réputé, hormis pour les bagnoles brulées, pour les feux d’artifices que tout le monde tire partout. Et que de nombreuses personne allaient en acheter en Allemagne. Pourquoi là-bas, parce qu’ils en vendent dés qui sont interdit en France. Et donc, le pont de l’Europe, qui rejoint Strasbourg à la ville allemande de Kehl, redevient une frontière à cette période, puisque les flics, côté français (bah oui, sinon, j’aurai mis « die Flicken ») contrôlent les cargaisons et arrêtent les contrebandiers d’un jour.

Mais bon, je n’avais jamais passé de réveillon à Strasbourg, donc ça m’est un peu sorti de la tête. Et quand j’ai reçu, au courrier, le 31 décembre, une pub pour le supermarché Edéka, une sorte de grand Monoprix qui est juste à la frontière, et que la première page s’ouvrait sur des fusées énooormes, 20 pour 15 euros, je n’y ai plus du tout pensé. J’me suis juste dit : « Hé mais, pourquoi ils font pas ça en France? Vendre des fusées en supermarché, c’est génial ! Allez, je prend la bagnole et j’y vais ». J’ai pris la bagnole et j’y suis allé. Et j’ai compris une fois arrivé sur le pont de l’Europe. Les deux voies France-Allemagne : fluides. Mais le retour… Chaque bagnole, sur chaque voie, roulait au pas entre deux flics qui scrutaient suspicieusement l’intérieur, la main placée sur la vitre pour éviter les reflets. Et une sur quatre était « invitée » à mettre les pneus sur le bas côté, pour une fouille plus poussée.

Bon, là, j’ai facilement compris que ça allait se jouer à l’allure. Il suffit d’avoir l’air angélique, de rien laisser de compromettant sur les banquettes, de bien planquer sous d’autres trucs dans le coffre, de bien se débarrasser du ticket de caisse… j’ai réfléchi à tout, le temps d’arriver à Edéka, et je me suis dit qu’avec ma gueule, je vais obligatoirement y passer. Si je sourie, j’ai l’air con, si je fais la gueule, l’air dangereux, si je reste concentré, on dirait que je magouille. Bref, ça ne peut pas passer.

Y a des fois où j’aimerais être une fille. On m’enlèvera pas de la tête l’idée que dans ce genre de situation, ça peut aider. Pour le permis, ça peut aider, pour un billet mal composté, ça peut aider... pas d’idées déplacées dans cette réflexion, c’est juste qu’un air innocent, il est plus facilement féminin.

J’ai creusé l’idée sereinement dans ma tête, j’ai fait des courses aptes a cacher l’interdit (rouleaux de pqs, cornichons géants, et une crème à tartiner au chocolat, pas une pâte, une crème, c’est un truc vraiment délicieux), et je suis resté 20 minutes devant le stands de feux d’art’. Le choix qu’il y avait, c’était indécent ! J’en salivais de quoi noyer toutes les mèches. Mais non, même pas, l’ingéniosité allemande, vous n’imaginez pas : sur chaque mèche, y a un petit bouchon protecteur en plastique. Je n’arrivais pas à me décider. Un dilemme s’est posé : Est-ce que j’y vais sobrement, je ne prends que ce qu’il y a de petit, je le cache au point que même une fouille serait vaine ? Les trucs petits, se sont des boites qui contiennent plusieurs fusées, il y a une seule mèche, et ça suit un programme. Pour 5 euros, une boîte de 100 fusées qui dure 50 secondes, c’est déjà super. Est-ce que je joue l’opulent, je brave à mort le barrage en tentant la grosse Berta, les 20 fusées avec des tiges en bois de 70 cm, celles qui ont un coup de poing dessiné dessus, qui s’élèvent à 30 mètres et pètent comme un feu d’artifice de village ?

J’ai pris les deux.

Mais j’avais un plan d’enfer.

A 500 mètres de ce pont pour les voitures, il y a un pont uniquement pour les piétons, qui est un lien entre les jardins des deux rives, qui portent un nom explicite, donc j’ai pas trop besoin de les décrire. Avec les 20cm de neige dans les endroits non déblayés, les deux côtés du Rhin étaient tout ce qu’il y a de plus déserts. J’ai garé la voiture aux abords du parc côté allemand, j’ai un peu scruté l’autre rive. L’avantage de la neige, c’est que tout ce qui est sombre ressort instantanément, et un uniforme se voit à des kilomètres. Je vois trois mamies en train d’emprunter lentement le pont gelé. A part ça, rien ne bouge. Parfait, j’attrape le paquet de fusées mal planqué sur la banquette, sous les rouleaux de pqs. Je cherche un moyen de planquer ça sous le manteau. Mais c’est vraiment trop grand.

Je tâtonne et trouve une parade. Le paquet a une forme de long éventail. Il est plat, c’est une bonne chose. Je me le glisse sous le manteau, dans le dos. La partie étroite de l’éventail, je la coince au niveau du cou, en serrant mon écharpe. Mais ça dépasse de ma tête. Je cache ça avec ma capuche, qui a l’air de tenir toute seule au dessus de ma tête. J’enfile un sac à dos, pour fixer l’ensemble, mais l’étiquette du paquet, qui est large, sort en bas du manteau. Je la plie et la rentre dans le pantalon. Dans le sac, j’aurai pu mettre la boite carrée des feux programmés, mais c’eût été tenter le diable. Je l’ai laissée dans la boîte à gant, entre deux couches jaunes fluos de gilets de sécurités obligatoires. J’y ai juste glissée la crème au chocolat, en cas de petite faim, car j’étais parti pour une mission improbable qui ne prendrait peut-être pas fin de sitôt : laisser mon colis bien planqué de l’autre côté de la frontière, revenir à la voiture, passer le pont contrôlé avec un tout petit colis et récupérer discrètement la marchandise.

Je parts. Avec le dos tout droit, j’ai l’air gentil. Si je tourne la tête, je tourne tout le haut du corps, comme un enfant trop emmitouflé dans sa doudoune. Les marchent glissent à mort, j’ai pas pensé à prendre mes chaussures de neige. Je ne m’attendais pas au trekking d’agent secret. Le dos droit, les jambes incontrôlables, les bras crispés sur la rampe…c’est l’aventure.

Le pont s’élève haut au dessus de l’eau, un bon point de vue pour être sur d’un horizon sécurisé. Vraiment rien en vue. Je m’autorise même un petit appel pour décrire ma situation à un copain. Je descends du pont, dans ma tête, le tour est joué. Au loin, les voitures s’embouteillent, moi, je marche allègrement, la frontière naturelle est déjà derrière moi. J’évite quand même l’allée centrale du parc. On sait jamais. Je prends à droite, je coupe à travers de grands carrés de neige vierge, qui est d’habitude de l’herbe.

Et là, je sens qu’on m’observe… Au loin, un cycliste s’est arrêté, sur un chemin déblayé, et me regarde. Je mets en marche une vieille technique, celle du mec qui téléphone. Tu sors le portable, si t’en as pas, tu mets juste la main à l’oreille. Le fait de téléphoner, ça rend tout de suite des mouvements moins suspects. « hey, c’est quoi ce mec qui sort du groupe, et qui va vers la barrière ? » « c’est rien, il téléphone ». Bonne technique.

Le téléphone à l’oreille, je fais semblant de tourner en rond, de tasser la neige du bout du pied pour pouvoir surveiller que le mec me surveille pas. Merde, mais il me lâche pas le mec. Regarde ailleurs, c’est beau tout, est enneigé, regarde.

Il s’en va dans l’autre sens, fausse alerte, j’avance. Je sais qu’il n’y pas de sortie dans ce coin là, mais je compte passer le paquet de l’autre côté du grillage, et repartir dans mes traces, rusé comme un sioux. Mais alors que tout allait bien, j’entends un grésillement dans mon dos, type talkie-walkie. Je me retourne de trois quarts, vu que je peux pas tourner seulement la tête, et là, je vois deux flics qui marchent vers moi. Et là, c’est évident que c’est mort, vu que je vais vers nulle part, y a pas de sortie dans ce coin là, et j’y vais pas pour arroser les plantes. Et comme eux non plus, je suppose, c’est qu’ils me suivent.

Là, nous vivons tous les trois une magnifique scène d’hypocrisie : les mecs marchent plus vite que moi, mais sont encore loin, je me suis retourné, ils ont vu que je les ai vu, et pourtant, j’avance du même pas, et eux aussi. Je prends un virage qui fait l’angle d’un grillage et me cache de leur angle de vue. Je me dis qu’il me reste 5 secondes avant qu’ils ne me voient, pendant lesquelles je peux toujours me débarrasser de mon exosquelette. Mais finalement non, ça ressemble tellement à un jeu qu’il faut prendre le truc à la légère.

Je me retourne, marche vers eux, et leur dit, de loin, en souriant dans mon écharpe : « ha vous m’avez eu, je pensais pas que vous surveilleriez ce chemin aussi bien !» Les deux sont interloqués. S’approchent. « Bonjour, vous avez vos papiers ? » Question nulle. Ils ont pas l’air d’avoir entendu, donc je répète ma phrase « ha vous m’avez eu, je pensais pas… » Tout en faisant glisser, du bas de mon manteau, les fusées encombrantes. En un tour de passe-passe, je les sors devant leurs yeux ébahis. Et là, les mecs se marrent.

Ils oublient mes papiers, le froid, la course poursuite à deux à l’heure : ils se marrent.

Ça dure 1minute, ils me disent qu’ils en ont jamais vus des comme moi.

Je leur tends, en me marrant aussi. Les mecs ont l’air d’avoir mon âge. Ils fouillent gentiment mon sac, décontractés, me piquent quand même mon permis, mais me félicitent de pas être parti en courant parce qu’ils ont chopés plusieurs personnes comme ça, et ça a mal fini.

« y a des mecs, t’as l’impression que le Nouvel An c’est toute leur vie, on a chopé un gamin de 18 ans ce matin, ils avait deux gros sacs, il en avait pour 200 euros ! ».

Je fais un peu l’innocent, « woua tant que ça » « Mais ouais, on en a un plein camion, là ». Je demande « Mais c’est lesquels qui sont interdit ? Parce que c’est la première fois que je fais un réveillon à Strasbourg, et je ne savais pas trop lesquels l’étaient. » Donc c’est les K2. C’est justement ce que j’ai là, et dans la voiture.

Ils me disent qu’il faut qu’ils m’emmènent à leur chef. J’ai un peu l’impression d’être tombé sur une tribu d’anthropophages, mais là, comme ils sont sympas, j’ai plutôt l’impression d’aller voir le grand schtroumpf.

Ils me disent que ceux -là sont strictement interdits car ils sont utilisés pour tirer sur les flics pendant les émeutes. Ça je ne savais pas, étonnement non feint, je leur précise que c’est pour passer le réveillon à Munster, et qu’on tirera ça dans la montagne, et que je n’aurai jamais acheté ça pour les allumer à Strasbourg-même.

Sur le chemin vers le chef, ils m’annoncent un peu à contre cœur ce que je risque : alors, comme c’est une première fois, je n’irai pas devant le tribunal, comme j’ai été calme lors de la confrontation, y aura sans doute pas d’amende, mais une confiscation, c’est sûr, et un avertissement, au bout de deux avertos en un an, je vais au tribunal. Bon, j’ai pris l’air dépité, mais c’est pas trop ça qui m’inquiétait, j’avais surtout peur qu’ils me gardent longtemps, ou qu’ils m’empêchent de retourner chercher ma voiture, ou toute chose qui aurait remis en cause mon réveillon à Munster.

On arrive au chef, d’autre flics rappliquent, pareils, jeunes. Les mecs sont dans la neige depuis ce matin, pour ces conneries. Donc soit ils sont énervés et ne font pas de cadeaux, soit gentils parce que les choses se passent bien et que ça les détend, mais tout dépend de la réaction de celui qui est chopé. On arrive, mes deux gardes du corps racontent mon histoire, tout le monde se marre, mais maintenant, il s’agit de faire marrer le chef. Le chef. Lui, il est le cul bien au chaud dans une bagnole au contact allumé, avec des montagnes de feux d’artifices en guise de passager arrière.

En lui parlant, mes deux copains redeviennent sérieux, mais défendent finement ma cause, mes arguments sortent de leur bouche. « …Munster…premier réveillon ici…que 15 euros de fusées… ». « Et vous avez fouillé son sac ??! » « oui chef, il a juste une crème ! » Heu, déjà, je lui précise « une crème à manger, hein », parce que j’ai pas envie de me faire foutre de ma gueule par un flic qui croirait que j’ai de la crème hypoallergénique ou quoi. Et puis j’ai trop envie de leur décrire à quel point c’est bon, mais c’est pas le moment. C’est l’heure du face à face.

Je me retrouve seul, penché au dessus du volant, les yeux dans ceux du chef, assis à la place du mort, je vérifie que personne n’écoute, et je repose les mêmes questions sur ceux qui sont interdits, tout ça. Innocence, quand tu nous tiens.

Le mec à mon permis en main, le paquet de fusées dans l’autre, et une feuille de procès verbal sur les genoux. Un de mes défenseurs arrive et dit la phrase clé : « Heu…chef, on a vu trois mecs avec des gros sacs à dos qui arrivent là… ». Le chef comprends un sous-entendu que j’avais pas capté, il lui répond « oui, t’as raison, on va garder nos pv pour de plus gros clients. »

Pof , il me rend mon permis de conduire.

Super, je lui dit « merci », je suis prêt à partir, bien content de mon sort, quand j’entends sa voix, du fond de la voiture surchauffée, qui chuchote ces mots « Et puis, tiens, c’est pas à Munster que tu risques de déranger du monde ». Il me tend les fusées, incroyable !!!! « Mais reste discret, hein, va pas te faire rechoper, on pourra rien pour toi ! » Les trois, quatre jeunes policiers, à l’extérieur, se marrent en me voyant le tordre pour remettre le colis en place. Ils m’aident même, un me tient le sac, l’autre l’écharpe, et ils me disent « quand tu passeras devant nos collègues, tu pourras leur faire un doigt !». Quand même pas. Je les remercie bien, bonne année et tout. Ils me font tous des sourires, j’ai presqu’envie de rester, mais je vois au fond, les trois pieds nickelés avec leur sacs plastiques tout bouffis, et mes potes qui redeviennent des loups en chasse.

Je m’éclipse.

C’est un miracle.

Je me suis trouvé un coin discret, je suis reparti en prenant soin de ne pas les recroiser, ils auraient commencé à m’en vouloir si je leur racontais tout. J’ai repris ma bagnole en Allemagne, hésité à garder la deuxième fournée, mais personne n’est venu contrôler ma boite à gant, ça devait être la pause, je sais pas. En France, mon trésor n’avait pas bougé d’un poil. Tout ça a duré deux heures. Et le soir, à Munster, on est monté au dessus d’une mer de nuage. A minuit on voyait tous les villages de la vallée qui faisaient péter leur nouvel an, sans en voir la couleur, vu qu’ils les tiraient d’en bas du brouillard. Une vision assez féerique à laquelle on a pu ajouter notre étincelle. Par 20 fois, plus un programme de 50 secondes.

On a tout brûlé en moins d’une heure, en se cachant bien, et en prenant le temps d’apprécier le spectacle.

1 commentaire:

Maxence a dit…

Putain j'ai une grippe de malade mais pas moyen de me retenir de rire avec ton histoire. Chaque rire était suivi d'un tonnerre de toux qui me perforait les poumons.Yeah!

 
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